Après l’intervention et l’enlèvement de Maduro au Venezuela par les Etats-Unis d’Amérique, la question n’est pas de savoir si le président vénézuélien mérite ou non son sort. Nous n’aurons quant à nous pas de regret pour un dictateur assassin qui, dans un des pays aux ressources naturelles considérables, a réussi à affamer son peuple et à provoquer l’exil du quart de la population.
Il s’agit de savoir si la logique d’empire arbitraire dans laquelle Donald Trump a décidé d’engager le monde lui est ou non bénéfique.
Certes, le « droit international » porté par l’ONU n’était à bien des égards depuis 1945 qu’une apparence , celle du rapport de forces entre deux blocs : l’occident et l’Union soviétique entre lesquels le « tiers-monde » s’efforçait de se frayer sa place.
La décolonisation, qui a laissé place dans beaucoup de cas à des régimes corrompus et dictatoriaux, l’effondrement sur pied de l’URSS, la globalisation financière qui a dissout les frontières ont eu raison de la légitimité de l’ONU. L’Amérique de Trump en a tiré comme bilan que l’ONU devait disparaître et que la globalisation financière profitait surtout à ses rivaux, en premier lieu la Chine.
Désormais, elle veut défendre son existence non plus comme gendarme moral du monde, mais comme gardien farouche basé sur la force stratégique et militaire de ce qu’elle considère comme son empire naturel : les Amériques, du Groenland à la terre de feu en passant par le Canada.
C’est pourquoi l’Amérique de Trump ne voit plus la guerre en Ukraine comme un enjeu stratégique, pas plus peut-être que Taïwan demain. Le sort de l’Europe ne l’intéresse plus. En revanche, elle entend régner sans partage sur son empire, et face aux autres empires russe et chinois, reconquérir la prééminence.
Cette nouvelle logique, qui renoue en réalité avec les tendances impérialistes profondes des USA aura deux conséquences. Elle va susciter partout des résistances nationales légitimes, mais qui pourront à nouveau prendre les formes les plus dictatoriales, a l’image de la seconde guerre d’Irak qui, en procédant à son éclatement, a engendré le monstre Daech. Et qu’adviendra-t-il lorsque les ambitions impériales, dotées d’arsenaux nucléaires massifs, en viendront aux points de friction ?
La France doit renouer avec ce qui fut son histoire dans la seconde moitié du XX° siècle sous la direction du général de Gaulle : être une voix indépendante, souveraine, qui remet au centre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Les logiques d’empire sont par essence anti-démocratiques. Seules les nations libres sont le fondement qui donne à la démocratie sa légitimité. Rien n’interdit aux nations de s’associer et de coopérer. Mais elles doivent pouvoir le faire en toute liberté.
Il est plus que grand temps que la France se redresse, tant à l’intérieur que dans son rôle international.